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Les décors de Dom Juan

article publié par Brice Parent le 10 décembre 2004 (modifié le 23 mars 2005 et consulté 23079 fois).

I. Une comédie à machines

Sans entrer dans le détail, il faut commencer par rappeler que Molière a envisagé son Dom Juan comme une « pièce à machines [1], dont le principe reposait sur la multiplication des changements de décors et sur des effets spectaculaires.

A) Les décors

Les indications fournies par le texte de la pièce, sont peu nombreuses. On peut presque considérer qu’elles se limitent à la didascalie initiale qui précise :

La scène est en Sicile.


Fort heureusement, on dispose également, pour se faire une idée des décors conçus par Molière, d’un document essentiel, le devis des décors de la pièce :

[Acte I]Premièrement un palais consistant en cinq châssis de chaque côté et une façade contre la poutre, au travers duquel l’on verra deux châssis de jardin et le fond, dont le premier châssis aura dix-huit pieds de haut et tous les autres diminuant en perspective.
[Acte II]Plus un hameau de verdure consistant en cinq châssis de chaque côté, le premier de dix-huit pieds et tous les autres en diminuant de perspective, et une grotte pour cacher la poutre au travers de laquelle on verra deux châssis de mer et le fond.
[Acte III]Plus une forêt consistant en trois châssis de chaque côté dont le premier sera de dix-huit pieds et tous les autres en diminuant, et un châssis fermant sur lequel sera peint une manière de temple entouré de verdure
[Acte III, fin de la scène 5]Plus le dedans d’un temple consistant en cinq châssis de chaque côté dont le premier sera de dix-huit pieds et tous les autres en diminuant, et d’un châssis fermant, contre la poutre, représentant le fond d’un temple.
[Acte IV]Plus une chambre consistant en trois châssis de chaque côté dont le premier sera de dix-huit pieds et tous les autres en diminuant, et un châssis fermant représentant le fond de la chambre.
[Acte V]Plus une ville consistant en cinq châssis de chaque côté, dont le premier sera de dix-huit pieds et tous les autres en diminuant, et un châssis contre la poutre où sera peinte une porte de ville et deux petits châssis de ville aussi et le fond.
Plus quatre bandes de ciel traversant le théâtre.
Plus quatre frises, manière de voûte, traversant aussi le théâtre.
Plus un cintre de deux pilastres et une frise par le devant du théâtre.
Plus deux petits balcons qu’il faudra orner.
Plus un petit plafond qu’il faudra rafraîchir.
Sera fourni aux entrepreneurs les châssis tendus de toiles et cartons prêts à travailler. [2]


On remarquera notamment :

  • le changement de décor à vue à l’acte III, de la scène 5 à la scène 6 le décor se transforme lorsque Dom Juan et Sganarelle pénètrent dans le tombeau du commandeur
  • l’utilisation de châssis symétriques et semblables (des colonnes, des arbres, la ville...) mais de plus en plus petits et rapprocher pour créer un effet de perspective
  • la possibilité de trouer la toile de fond (acte I, acte II, acte V) et de laisser voir des châssis supplémentaires afin d’augmenter l’effet de profondeur (cf. l’analyse de Boris Donné, op. cit., p. 158-159).

B) Les effets spectaculaires
Ils apparaissent surtout à la fin de la pièce :

  • statue animée (III, 5, IV,3 V, 6)
  • métamorphose d’un spectre en personnification du Temps qui disparaît en s’envolant (V, 5)
  • foudroiement de Dom Juan qui s’abîme au milieu des feux de l’Enfer (V, 6)

C) Le Palais royal
Molière y joue de 1661 à 1673

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Théâtre du Palais Cardinal
Le Palais Cardinal (nom du Palais Royal sous Richelieu), d’après une gravure de 1641 (disposition inhabituelle due à la présence de la famille royale : l’espace du parterre a été gardé vide pour offrir à ces spectateurs de marque une vue dégagée).

Le Palais Cardinal (nom du Palais Royal sous Richelieu), d’après une gravure de 1641 (disposition inhabituelle due à la présence de la famille royale : l’espace du parterre a été gardé vide pour offrir à ces spectateurs de marque une vue dégagée).

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Théâtre du Palais Cardinal
Gravure de Stefano della Bella illustrant une représentation de Mirame, vers 1640.

Gravure contemporaine de Stefano della Bella illustrant une représentation de Mirame.

II. Quelques mises en scène

A) Celle de Molière, 1665

On ne dispose que du frontispice de l’édition de 1682.

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Frontispice de l’édition de 1682

Frontispice de l’édition de 1682

B) Louis Jouvet, 1948

Théâtre de l’Athénée.

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Chez Dom Juan
Mise en scène de Louis Jouvet.
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Dom Juan et le commandeur
Mise en scène de Louis Jouvet.

C) Marcel Bluwal, 1965

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La statue du commandeur
Film de Marcel Bluwal.

D) Philippe Caubère, 1977

Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes.

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La salle
Décor du film Molière d’Ariane Mnouchkine qui servit aux représentations du Dom Juan de Caubère. (cndp)
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La Forêt
Mise en scène de Philippe Caubère [1]

[1Original consultable sur le Site officiel de Philippe Caubère, www.philippecaubere.fr.

E) Jacques Lasalle, 1993 et 1995

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Dom Juan et la statue du commandeur
Mise en scène de Jacques Lasalle

Voir aussi la discussion sur les décors de notre forum.

[1pièce à machines : «  il faut entendre par «  machine  » tout l’appareil scénique qui fait l’ornement du théâtre, décors, cols, machinerie proprement dite.  » Christian Delmas, «  Dom Juan et le théâtre à machines  », Cahiers de littérature du XVIIe siècle, n°6, .125-138. Repris dans Mythologie et mythe dans le théâtre français (1650-1676), Genève, Droz, “Histoire des Idées et critique littéraire”, 1985, p.124-138 et dans Pierre Ronzeaud (éd.), Molière / Dom Juan, Paris, Klincksieck, «  parcours critique  », 1993, p. 138-148, p. 139.

[2«  Devis des ouvrages de peinture qu’il convient de faire pour Messieurs les comédiens de Monseigneur d’Orléans  », 3 décembre 1664, publié par M. Jürgens et E. Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille, et sur les comédiens de sa troupe, Imrpimerie nationale, Paris, 1963. Cité par Christian Delmas, «  Sur un décor de Dom Juan  », Cahiers de Littérature du XVIIe siècle, n°5 (1983), p. 46 et repris par l’édition de Boris Donné de Dom Juan, Paris, Flammarion, 1998, «  GF  », p. 159-161

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